
Casino en ligne au Manitoba : une régulation qui se fait toujours attendre

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Les casinos en ligne en AlbertaUn monopole d'État, hérité de la Colombie-Britannique
Au Canada, le Code criminel fédéral réserve la conduite et la gestion des jeux d'argent aux provinces. Au Manitoba, ce mandat est exercé par Manitoba Liquor & Lotteries (MBLL), société d'État qui exploite les deux casinos de Winnipeg (Club Regent et McPhillips Station), les terminaux de loterie vidéo, et surtout PlayNow.com, seul site de jeu en ligne autorisé dans la province.
Le Manitoba n'a pas développé sa propre technologie. PlayNow.com y a été lancé en partenariat avec la British Columbia Lottery Corporation (BCLC), qui fournit l'infrastructure technique de la plateforme. MBLL en exploite localement la marque sous le nom de PlayNow MB, mais s'appuie sur le même moteur que sa cousine britanno-colombienne, mêmes machines à sous, mêmes jeux de table (blackjack, poker), mêmes paris sportifs et bingo.
Le régulateur, distinct de l'opérateur, est la Liquor Gaming and Cannabis Authority (LGCA). Elle délivre les licences, garantit l'intégrité technique des jeux et équipements, surveille la conformité et fait respecter les règles prévues par la Liquor, Gaming and Cannabis Control Act. L'âge minimum pour jouer est fixé à 18 ans.
Une pression du marché gris, comme partout ailleurs
Le Manitoba n'échappe pas au phénomène observé dans les autres provinces canadiennes à monopole fermé : la concurrence croissante de sites offshore, techniquement en zone grise, mais largement accessibles et utilisés par les résidents. Ces plateformes ne font l'objet d'aucune licence provinciale et échappent donc entièrement au contrôle de la LGCA, pas de garantie sur l'équité des jeux, pas de recours en cas de litige, aucune protection du joueur équivalente à celle qu'offre PlayNow.
La riposte manitobaine : une attaque directe contre Bodog
C'est ici que le Manitoba se distingue nettement des autres provinces canadiennes. Plutôt que d'envisager une ouverture réglementée du marché (comme l'ont fait l'Ontario en 2022 et l'Alberta en juillet 2026), MBLL a choisi l'affrontement judiciaire direct.
Dans une démarche inédite pour une province canadienne, Manitoba Liquor & Lotteries a déposé une injonction civile devant la Cour du Banc du Roi du Manitoba contre Bodog, un opérateur offshore bien connu du secteur. MBLL allègue que Bodog opère sans autorisation provinciale, en violation à la fois du cadre réglementaire manitobain et du Code criminel canadien.
Cette action n'est pas sans précédent conceptuel, mais elle emprunte une voie juridique différente d'une tentative similaire menée par le Québec en 2016. Le projet de loi 74 québécois visait à contraindre les fournisseurs d'accès internet à bloquer l'accès aux sites de jeu non autorisés, une loi finalement invalidée par la Cour d'appel du Québec dans l'affaire Public Mobile Inc. c. Procureur général du Québec, au motif que la réglementation des télécommunications relève de la compétence fédérale exclusive.
Aucune discussion publique sur une ouverture du marché
Contrairement à la Colombie-Britannique, où la création récente d'un régulateur indépendant (l'IGCO, en avril 2026) est perçue par certains observateurs comme une étape structurelle facilitant une future libéralisation, aucun signal similaire n'existe au Manitoba. La province maintient son modèle de monopole intégral, sans qu'aucune consultation publique ou annonce gouvernementale n'évoque une ouverture à des opérateurs privés du type de celle observée en Ontario ou en Alberta.


