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Pourquoi les bonus sont-ils limités en France ?

100€, rarement plus : c'est l'ordre de grandeur des offres de bienvenue chez les bookmakers légaux en France, quand certains sites étrangers promettent plusieurs milliers d'euros. Ce plafond n'est pourtant inscrit dans aucune loi. Comment fonctionne l'encadrement des bonus à la française, et pourquoi le régulateur tient-il à les garder sous contrôle ?
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Rédigé par: Baptiste Membre de l'équipe LeBonPariSportif
Mis à jour: 16 octobre 2026
Publié: 13 octobre 2026

Un plafond qui n'en est pas vraiment un

La règle est présentée comme une évidence : en France, un bonus de bienvenue ne peut pas dépasser 100 euros. La réalité est plus nuancée. Ce seuil figure dans une communication de l'Autorité nationale des jeux (ANJ) adoptée le 20 octobre 2022, quelques semaines avant la Coupe du monde de football au Qatar. Le régulateur y recommande que les offres de bienvenue ne dépassent pas 100 euros, qu'il s'agisse d'un bonus unique ou d'un ensemble de bonus.

Le mot important est « recommande » : ce plafond est non contraignant. En revanche, d'autres éléments du même texte posent de vraies obligations. Aucune offre ne doit comporter de gratification financière pour des joueurs identifiés comme ayant un jeu excessif ou pathologique. Les offres ambiguës ou qui dissimulent des informations importantes sont interdites, et les conditions complètes doivent être rédigées de façon lisible. L'ANJ explique avoir été régulièrement saisie par des joueurs se plaignant du manque de clarté de ces offres, source de nombreux litiges.

Le vrai levier : la validation annuelle des stratégies promotionnelles

Si les opérateurs respectent massivement ce seuil, c'est surtout parce que l'ANJ dispose d'un autre outil. Chaque année, les opérateurs lui soumettent leur stratégie promotionnelle, que le collège de l'Autorité approuve, ou non, éventuellement sous conditions. Dès 2022, le régulateur avait prévenu que le caractère raisonnable des offres de bienvenue et de fidélisation ferait l'objet d'une attention particulière lors de cette revue.

Les décisions publiées en avril 2025 sur Winamax ou Betclic en donnent une illustration concrète. Elles rappellent qu'une décision de décembre 2024 n'avait approuvé les stratégies de ces opérateurs qu'à condition qu'ils réduisent leurs offres de gratification financière de rétention, c'est-à-dire destinées aux joueurs déjà inscrits. Les opérateurs ont ensuite revu à la baisse leurs budgets, dont les montants sont masqués dans les versions publiées.

Pour 2026, l'ANJ a de nouveau approuvé les stratégies tout en les assortissant de conditions qu'elle qualifie d'« exigeantes », susceptibles de donner lieu à des contrôles spécifiques. Elle observe que les opérateurs misent sur la fidélisation et la vente croisée, par exemple pour convertir un parieur sportif en joueur de poker grâce à des bonus attractifs.

Un encadrement qui ne date pas d'hier

La méfiance envers les bonus ne date pas de l'ANJ. Son prédécesseur, l'ARJEL, avait déjà fixé en 2011 un plafond de 100 % du dépôt dans la limite de 500 euros pour le bonus de bienvenue, et interdit les gratifications destinées à compenser les pertes d'un joueur. Entre 2011 et 2022, le seuil de référence a donc été divisé par cinq.

Pourquoi cette sévérité de la part du régulateur ?

La justification officielle est la protection des joueurs. Les bonus, soulignent les régulateurs, peuvent pousser à jouer davantage, et l'ANJ dit vouloir « modérer » ces pratiques pour protéger les joueurs à risque. Elle propose par ailleurs d'autres mesures, comme un encadrement plus strict des dépenses marketing, l'interdiction de la publicité pour les paris sportifs autour des matchs à la télévision, ou un limiteur de pertes pour les 18-25 ans.

La pression publicitaire est l'autre enjeu. Lors d'une précédente compétition internationale de football, l'ANJ avait estimé qu'une « ligne jaune » avait été franchie, et annoncé une étude des pratiques en vigueur en France et dans les autres pays européens afin de définir des gratifications « raisonnables ».

Ailleurs : de l'interdiction au « far west » offshore

La comparaison internationale est moins simple qu'il n'y paraît. Les bonus à plusieurs milliers d'euros que l'on voit passer en ligne sont proposés par des opérateurs offshore, non agréés en France, donc illégaux.

Dans plusieurs marchés régulés, le cadre est même plus strict qu'en France. L'Espagne a interdit les bonus de bienvenue en 2020 dans le cadre d'un décret très restrictif sur la publicité. Selon une étude publiée dans la Harm Reduction Journal, le nombre de nouveaux comptes de jeu en ligne y est passé de 3,01 millions en 2020 à 1,35 million en 2023. Les dépôts ont toutefois augmenté sur la période, et les auteurs attribuent la baisse à l'ensemble des restrictions, pas aux seuls bonus. La Cour suprême espagnole ayant annulé en avril 2024 l'article concerné, au motif qu'il relevait de la loi plutôt que d'un décret, les bonus sont revenus : l'activité en ligne a progressé de plus de 20 % en 2024, et le gouvernement entend réintroduire l'interdiction par voie législative. La Belgique figure, elle aussi, parmi les pays qui interdisent les bonus.

La France adopte donc une voie intermédiaire : pas d'interdiction, mais une limitation par recommandation et par contrôle annuel.

Un équilibre fragile maintenu par l'ANJ

Ce choix s'explique en partie par un autre objectif légal de l'ANJ : la « canalisation » de la demande vers une offre agréée et contrôlée, face à l'offre illégale. Des bonus trop restreints pourraient en théorie détourner des parieurs vers des sites non agréés, qui se présentent justement comme plus généreux. Le régulateur doit donc arbitrer entre protection des joueurs et attractivité de l'offre légale. Reste à savoir si l'étude comparative annoncée par l'ANJ a abouti, et si le plafond de 100 euros finira un jour par devenir une règle.