
Mondial 2026 : l'Espagne mérite-t-elle vraiment son statut de grande favorite ?
Carlos de Jurado, journaliste sportif espagnol, nous livre son analyse sur l'état de forme de la Roja à l'approche du Mondial et dévoile quatre paris intéressants.
Il suit l'actualité du football espagnol depuis 20 ans. D'abord comme passionné, puis comme journaliste, et aujourd'hui comme analyste dans l'industrie des paris sportifs chez MisCasasdeApuestas.
Après son sacre en Afrique du Sud en 2010, l'Espagne a déçu lors de ses trois derniers Mondiaux : éliminée en phase de groupes au Brésil en 2014, puis en huitièmes de finale en Russie en 2018 et au Qatar en 2022.
Elle arrive à la Coupe du monde Mexique-États-Unis-Canada en tant que principale favorite des bookmakers. Championne d'Europe en titre, deuxième au classement FIFA derrière la France, la Roja a de solides arguments pour rêver de grand après 16 ans de disette. Y parviendra-t-elle ?
La Roja au sommet, mais ses stars sur le flanc
L'Espagne dispose d'un effectif très reconnaissable, peu remanié par rapport à celui qui a soulevé le trophée à l'Euro 2024. Le problème, c'est que plusieurs de ses joueurs les plus importants manquent de continuité en cette fin de saison. Dans les tournois courts, la forme du moment est à mon sens déterminante.
En attaque, son joueur le plus dévastateur, Lamine Yamal, a subi une déchirure aux ischio-jambiers et arrivera au Mondial 2026 après un mois et demi sans disputer le moindre match. Nico Williams, de son côté, souffre de pubalgie depuis le début de la saison et est loin de son meilleur niveau. Pour couronner le tout, le remplaçant pressenti sur le côté gauche, Víctor Muñoz, est lui aussi blessé. Enfin, Mikel Oyarzabal est l'avant-centre titulaire, mais l'Espagne n'a pas de doublure fiable à ce poste : Samu Aghehowa s'est rompu les ligaments croisés en février, et Borja Iglesias a laissé de sérieux doutes à chaque fois qu'il a endossé le maillot de la Roja. On verra si De la Fuente osera convoquer Carlos Espí, du Levante, qui termine la saison de façon remarquable.
Au milieu de terrain, les problèmes s'accumulent également, même si les alternatives sont nombreuses. Mikel Merino n'a plus joué avec Arsenal depuis février en raison d'une fracture au pied droit, et Fabián Ruiz vient tout juste de reprendre après trois mois d'absence pour une blessure au genou. Un point positif toutefois : Rodri, Ballon d'Or, regagne en confiance à Manchester City après dix-huit mois marqués par les blessures — rupture des ligaments croisés comprise. Pedri et Zubimendi, eux, réalisent une saison spectaculaire à Barcelone et Arsenal respectivement.
En défense, les certitudes sont plus solides. L'absence de Carvajal, blessé et sans temps de jeu au Real Madrid cette saison, sera compensée par un Marcos Llorente en grande forme à l'Atlético de Madrid.
Il est donc évident que l'Espagne fait partie des favoris, mais le fait que plusieurs de ses joueurs clés vivent une fin de saison compliquée me surprend qu'elle soit désignée comme la principale candidate au titre en ce moment.
Un tableau de route en douceur jusqu'en huitièmes... sur le papier
La sélection espagnole affrontera dans le Groupe H : l'Uruguay, dont le jeu sous Marcelo Bielsa ne convainc pas encore, l'Arabie Saoudite, davantage connue pour son championnat que pour le potentiel de son équipe nationale, et le Cap-Vert, qui fait ses débuts dans le tournoi.
L'Espagne ne devrait pas avoir de difficultés à terminer première du groupe, la Celeste (Uruguay) étant la seule équipe susceptible de lui poser de réels problèmes. En seizièmes de finale, la logique voudrait qu'elle affronte l'Autriche ou l'Algérie, l'une ou l'autre devant terminer deuxième du Groupe J derrière l'Argentine. Toutefois, si la sélection de Scaloni ne fait pas le travail, ce qui serait une énorme surprise, un hypothétique Espagne-Argentine dès le premier tour à élimination directe n'est pas à exclure.
En résumé, il est fort probable que l'Espagne atteigne les huitièmes de finale sans croiser un autre grand favori. En revanche, les choses se compliqueraient en quarts, où elle pourrait, sur le papier, affronter la Croatie ou la Colombie, voire les redoutables Portugal ou Angleterre.
Quatre paris à suivre sur l'Espagne au Mondial 2026
Personnellement, je ne parie jamais sur le titre d'une équipe, trop risqué à mon goût. Pour l'Espagne, je trouve plus intéressant de miser sur une qualification aux stades avancés du tournoi, d'autant que son parcours semble dégagé jusqu'en quarts.
Mon favori : l'Espagne en quarts de finale (cote approximative : 1,72)
Je ne vois pas de scénario où l'Espagne ne figurerait pas dans le dernier carré du Mondial 2026. Le contraire serait un échec retentissant. Terminer les poules en tête est une obligation, tout comme écarter l'Autriche ou l'Algérie en seizièmes. En huitièmes, seul un hypothétique choc contre le Portugal ou l'Angleterre pourrait mettre en danger leur qualification.
L'Espagne en demi-finales (cote approximative : 2,37)
Si la Roja passe les huitièmes, son adversaire en quarts pourrait être une équipe plus abordable, comme la Turquie ou la Belgique. Elle ne devrait pas avoir de mal à s'en défaire et à rejoindre le dernier carré. À une cote supérieure à 2,00, c'est un pari séduisant.
L'Espagne championne du monde (cote approximative : 5,50)
L'Espagne peut-elle gagner le Mondial ? Bien sûr, mais je pense que la cote devrait être plus élevée. La France, par exemple, arrive à mon sens dans une meilleure forme. Pour ceux qui pensent le contraire, une cote supérieure à 5,00 peut avoir du sens.
Ballon d'Or du Mondial : Lamine Yamal (cote approximative : 9,00)
Ce pari m'amuse et me semble intéressant. Le Ballon d'Or du Mondial sera, presque à coup sûr, attribué à un joueur offensif ayant atteint la finale. Certes, Lamine Yamal est blessé et on ignore son état physique en début de compétition, mais son nom reste incontournable. Je pense que ce trophée se jouera entre Harry Kane, Kylian Mbappé, Michael Olise, Vinicius Junior et le joueur du FC Barcelone. Veuillez m'excuser de ne pas avoir mentionné Lionel Messi.
Verdict : l'Espagne peut briller, mais la prudence s'impose
Si tous les joueurs « titulaires » de l'Espagne étaient en pleine santé, je n'aurais aucun doute : elle serait la grande favorite pour soulever la Coupe du monde. Mais la réalité est tout autre. Lamine Yamal est blessé, Nico Williams joue avec des douleurs, et Rodri n'a pas encore retrouvé son niveau d'avant blessure.
Je pense que la Roja se situe aujourd'hui au niveau du Portugal ou de l'Angleterre, et que la France se place un cran au-dessus. Michael Olise et Rayan Cherki terminent la saison en feu, et dans les tournois courts, ça fait toute la différence.
Ma prédiction : l'Espagne atteindra au minimum les quarts de finale du Mondial. Je suis convaincu qu'elle terminera en tête de sa poule, franchira les seizièmes, et après 16 ans, retrouvera enfin le dernier carré de la compétition.
N.B. : Ce texte a été traduit de l'espagnol.






